Réémigration, troll et libéralisme: bienvenue chez les Jeunesses Lesquenistes

Ouvertement raciste, Henry de Lesquen est l’une des curiosités du paysage politique français. Il est soutenu par un mouvement de jeunes qui voient en lui un leader politique.

“Mon racisme est positif, républicain, rationnel, sain, sans haine et sans reproche”. Cette phrase est l’une des nombreuses perles de Henry de Lesquen, un énarque à l’allure vieux jeu. Président polémique du Parti National-Libéral et anciennement à la tête de Radio Courtoisie, l’homme de 69 ans est capable d’affirmer à propos de la colonisation que “nous devons avoir une grande fierté sur tout ce qu’il s’est passé”.

L’ancien président de Radio Courtoisie, est soutenu par une communauté de jeunes, les Jeunesses Lesquesnistes, fondé par Nikola. Âgé de 21 ans, il est connu pour son passage éclair dans une séquence sur Le Quoditien dans laquelle il lance qu’à gauche “le cuir chevelu ça pèche (…) c’est sale, c’est gras”. Deux ans après la création du mouvement, ce jeune homme au verbe soigné revendique “300 adhérents en région parisienne”. Nikola assure que les JL “ne sont pas une référence aux jeunesses Hitlériennes” et que le nom Parti National-Libéral “n’a pas été choisi par rapport au National-Socialisme d’Hitler”.

Culture lol

Comme une partie des soutiens de de Lesquen, il a été séduit par l’aspect “troll” du personnage, complètement compatible avec la culture lol d’Internet. “Sa communication fait rire, permet aussi d’être audible et de faire passer des idées. Il est rarement détesté.” Nikola et Céline, qui estime être à la tête “d’une vingtaine de personnes” à la session rennaise des JL, ont connu Henry de Lesquen sur le net. Elle aussi est convaincu qu’ils peuvent “convertir par le rire”.

L’attrait que suscite Henry de Lesquin chez ces jeunes est réel. “Il y a une certaine ambiguïté chez lui. Il incarne un peu un côté rigide (…) Je le connais et il tranche avec cette image, c’est quelqu’un de sympathique”, raconte Nikola qui voit l’énarque “deux à trois fois par mois en moyenne”. Céline qui l’a vu “trois fois, sans pour autant avoir épilogué avec lui”, apprécie “son côté décalé”. Même si elle confie ne pas avoir tout de suite su “si c’était un troll ou s’il était sérieux”.

Ils sont d’ailleurs nombreux sur Twitter à suivre le mouvement,à créer et alimenter à leur tour la culture lol autour du président du PNL:

“Je ne me sens pas extrême”

Le parcours de Céline détonne. “Arrivée en sociologie à Rennes 2, je me suis considérée de gauche pendant quelque temps. J’ai une fibre écolo et c’est un sujet accaparé par les gauchistes.” La jeune fille de 19 ans confie s’être retrouvé au PNL “Un peu par hasard. Ça aurait pu tout aussi bien être à Génération Identitaire, mais il leur manque un leader”. Elle espère peser sur la ligne du parti, qui est en réflexion, pour lui donner une tonalité écologiste. “Ça ne sera pas facile, de nombreux Lesquenistes sont climatosceptiques.

Comme Nikola, elle juge que le cœur du mouvement est la réémigration. “Le problème aujourd’hui c’est le cosmopolitisme, qui abaisse les frontières”, clame le fondateur des jeunesses lesquenistes. Henry de Lesquen propose plusieurs mesures sur son site entre “taxe de séjour pour financer la dette publique en favorisant la réémigration” et établissement d’une “liberté de discrimination”. Exclus des droits civils, les immigrés illégaux “seront arrêtés, enchaînés, emprisonnés, expulsés”.

Malgré ces propositions, Céline ne se considère pas radicale pour autant même si peu lui importe “qu’il y ait un roi, un Führer ou un président”, tant qu’il y a un “retour à un conservatisme social”. L’étudiante rejette la faute. “Je ne me sens pas extrême. On veut juste être chez nous. C’est le prisme gauchiste qui nous fait passer pour extrême.

Un nationalisme à l’américaine

Henry de Lesquen est un des rares leaders nationalistes à vanter les mérites du libéralisme économique, loin de Génération Identitaire ou de l’Action Française. “Si on devait avoir des références, cela serait Trump ou Orban, qui sont libéraux à l’intérieur mais protectionniste à l’extérieur. On est pour la liberté économique”, estime Nikola.

Le mouvement Lesqueniste est proche de l’Alt-right américaine sur les questions économiques et les valeurs. Politiquement, cela diffère un peu même s’il s’estime républicain, il cite volontiers en exemple la Suisse. “On pense que la souveraineté doit appartenir au peuple par le biais de la démocratie locale et de référendum locaux.

“Une bouffée d’oxygène”

“Il y a un boulevard ici. On est dans ville située à gauche, l’Action Française et Génération Identitaire sont peu implantés.” Pour Céline, son engagement a fondé “une grande famille” qui se voit en dehors des réunions hebdomadaires des soutiens Lesquenistes. Pour cette fille opposée “au mariage pour tous et à l’avortement”, ces moments représentent “une bouffée d’oxygène”.

Céline, Nikola et d’autres membres, tentent de mettre sur pied “un parti structuré” pour la rentrée de septembre. Avec en ligne de mire les élections européennes, puis les municipales. Et pourquoi pas, réunir 500 signatures en 2022 pour permettre à Henry de Lesquen de se présenter à l’élection présidentielle.

Vincent Bresson